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Actualité. Le député, terre de contraste ....

par Pierre Berthet le 21-05-2017


Actualité. Le député terre de contraste.

Cf. Culture - Marianne  19 au 25 mai 2017 - par Bruno Fuligni , historien, ' La Chambre ardente '. où il exhume des portaits de députés hauts en couleur, revient sur cette figure parlementaire précieuse, et parfois burlesque ... ( Quelques extraits ...)


Bientôt les législatives ... On trouve de tout au Palais Bourbon !

Depuis 1789, 16 000 individus ont été élus députés !  Certains le restèrent longtemps, tel Gaston Thomson, député radical de Constantine de 1877 à 1932, soit cinquante- cinq années de mandat continu ...

Un député, c'est ....

UN ORATEUR   - Jean Jaurès  était capable de discourir plusieurs heures à la tribune, parvenant à un tel état de transe que ses collègues le suppliaient de faire une pause. ...

UN INVENTEUR  - Les assemblées parlementaires françaises ont, en effet, comporté nombre d'inventeurs, dont le plus célèbre siéga dès 1789 : Guillotin, le bon docteur, par humanisme, voulait simplement adoucir la peine de mort et unifier le mode d'exécution pour toutes les classes de la société....

UN UTOPISTE - Plus imaginatifs encore que les inventeur. s, les utopistes ont voulu réinventer  la société entière, avec des fortunes diverses. Les plus pragmatiques ont préféré donner corps à leurs idées en les testant aux dimensions d'une petite unité.  C'est ainsi qu'au moment où régnait la Terreur en France le marquis de Lezay-Marnésia fonda une colonie rousseauiste dans l'Ohio : Gallipolis, << La cité des Gaulois.>> ...

UN EXCENTRIQUE - Au-delà des inventeurs et les utopistes, on trouve la famille des excentriques parlementaires. Certains méritent franchement d'être redécouverts ... Christophe Thivrier, surnommé << Cristou >> élu député de l'Allier en 1889, avait promis à ses électeurs de conserver sa blouse de travailleur au Palais Bourbon, il tint parole ! Parmi les costumes sombres, il fit entendre la voix des prolétaires sur un mode toritruant, avant de se faire exclure pour avoir  crié << Vive la Commune ! >>. Mais, au chapitre des excentricités vestimentaires, le Dr Philippe Grenier le surclassa cependant en 1896, quand il se présenta en habit arable dans l'Hémicycle. !  ....

UN LETTRE - Un amoureux des lettres va souvent de pair avec un visionnaire. Aintenue si  de Grousset, député de Paris de 1893 à 1909. Il est connu pour avoir réclamé l'électrification du Louvre et de la Bibliothèque nationale, le creusement d'une  << cité souterraine >> doublant Paris avant l'invention du métro et surtout, une attention soutenue aux premiers essais de sous-marins. Ca il était aussi auteur de science-fiction...

Le parlement français a non seulement accueilli des écrivains de renom, depuis Chénier, Lamartine, Tocqueville, Hugo, Sue, et jusqu'à Césaire ou Senghor, mais aussi une foule de poètes oubliés, de petits maîtres à relire d'urgence, comme Clovis Hugues, Maurice Boukay (Couyba de son vrai nom) ou Hector Rolland, trouvé nouveau-né dans une poubelle un soir de Noël 1911. Le prestige littéraire est tel en leur temps qu'un Raymond Poincaré, un Léon Blum, ne jugent pas ridicule de publier des vers.

Après 1945, des hommes tels que François Mitterrand ou Edgar Faure cultivèrent leur filiation avec cette République lettrée. << L'éloquence parlementaire qui flamboyait sous le IIIe République, sembla pâtir puis s'éteindre sous la IV et davantage encore sous la Ve, écrivait déjà Jacques Chaban-Delmas dans l'Ardeur. Maquons-nous soudain d'orateurs ? Je ne le crois pas. Le genre n'était plus en harmonie avec la sensibilité de l'auditoire, qui avait évolué tout comme celle de l'époque. L'emphase cédait à la précision, le verbe, au respect des faits et des chiffres.. La critique de la technocratie, les préoccupations écologiques et les angoisses éthiques ont, à leur tour, daté ce jugement de 1975.

Le parlement du futur saura-t-il renouer avec l'humanisme, ou préférera-t-il se montrer strictement technicien ? Derrière les affrontements idéologiques de notre époque, cette question se pose de manière cruciale. Et  les citoyens pressés de l'ère numérique  auraient peut-être intérêt  à méditer ce qu'écrivait le père Hugo dans Napoléon le Petit :

' L'orateur, c'est le semeur. Il prend dans son coeur ses instincts, ses passion, ses croyances, ses souffrances, ses rêves, ses idées, et les jette à poignées au milieu des hommes. Tout cerveau lui est sillon. Un mot tombé de la tribune prend toujours racine quelque part et devient une chose. Vous dites : ce n'est rien, c'est un homme qui parle : et vous haussez les épaules. Esprits à courte vue ! C'est un avenir qui germe; c'est un monde qui éclôt. >>