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L'innovation pédagogique a le vent en poupe à l'université ?

par webmaster le 27-09-2017

Vous avez dit innovation ?

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L’innovation a le vent en poupe à l’université. Depuis un an ou deux, il n’est pas d’établissement qui ne dédie un café informel, une journée banalisée, un appel à projets, voire, de plus en plus, un service entier à l’innovation pédagogique – l’innovation technologique, elle, a toujours eu sa place et continue tranquillement de se développer dans les laboratoires de recherche. Le ministère lui-même organise, ces 26 et 27 septembre, la deuxième édition des Jipes, les Journées nationales de l’innovation pédagogique dans l’enseignement supérieur.

En 2016, des organisateurs de la première édition reconnaissaient avoir été un peu débordés par le succès de la manifestation qui s’était déroulée au ministère – manifestation innovante mais sans wifi puisque celui-ci n’avait pas encore atteint la rue Descartes…  Cependant, il est vrai qu’innovation ne rime pas forcément avec nouvelles technologies.
Depuis, le ministère a installé le wifi dans ses locaux et s’il délocalise les Jipes 2 sur le campus de Jussieu de l’UPMC, pour des questions logistiques, il affiche fièrement le hashtag (mot-clef) de la journée sur son site qui retransmettra les #Jipes en direct, pour tous ceux qui n’ont pu avoir de place. En effet, voilà plusieurs semaines que l’événement où sont attendues 500 personnes « affiche complet », lui qui est en outre suivi du premier forum européen sur l’innovation pédagogique, organisé par l’Association européenne des universités.

La pédagogie sur le devant de la scène

Que nous révèle ce fourmillement d’initiatives ? Que l’université s’est réveillée et se met tout à coup à innover ? Voire. D’aucuns diront que le terme est galvaudé – et ils n’auront pas complètement tort.

Cependant, parler ainsi d’innovation pédagogique, même à tout va, a quelques mérites. D’une part, l’expression devenue générique désigne maintenant clairement un ensemble de pratiques relevant des « pédagogies actives » qui placent l’élève au centre du processus d’apprentissage. Qu’il s’agisse des Mooc (Massive online open courses), des boîtiers de vote électroniques ou de la réalité virtuelle, ces pédagogies intègrent le plus souvent les outils numériques sans cependant en faire une fin en soi. De plus, la technologie s’efface parfois quand, par exemple, des cartons de couleur remplacent les fameux boîtiers de vote – ce que l’on pourrait appeler l’innovation frugale en éducation.

Surtout, dans cette expression lexicalisée d’« innovation pédagogique », le terme innovation a redonné toutes ses lettres de noblesse à la pédagogie qui lui est accolée sous forme d’adjectif. Alors que la recherche prime encore largement à l’université et dans la carrière des enseignants-chercheurs, la culture évolue. En témoignent l’obligation, désormais, de former les nouveaux maîtres de conférences à la pédagogie, ou encore les prix Peps (Passion enseignement et pédagogie dans le supérieur) remis à l’occasion des Jipes à des enseignants-chercheurs, y compris dans la catégorie « recherche en pédagogie » qui commence à être reconnue. En outre, ces prix ne se limitent pas à un pétillant acronyme mais se concrétisent en euros sonnants et trébuchants, bienvenus dans des universités par ailleurs en situation financière difficile.

Mais les évolutions sémantiques connaissent elles aussi des effets de mode, et leurs limites. L’« innovation pédagogique » commence (déjà !) à perdre l’attrait de la nouveauté. Et l’on voit poindre à l’horizon l’âge ce que l’on appelle désormais la transformation pédagogique des universités.

Cf.MBlogs - 26 septembre 2017

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