RETOUR


Comment transformer la France en eldorado de l'apprentissage ?

par webmaster le 12-10-2017

Comment transformer la France en eldorado de l'apprentissage?

FORMATIONS EN ALTERNANCE Le gouvernement démarre ce jeudi des concertations avec les partenaires sociaux pour réformer l'apprentissage...

Delphine Bancaud

Publié le 12/10/17 à 07h35 — Mis à jour le 12/10/17 à 07h35

  • Aujourd’hui seulement 7 % des jeunes sont en apprentissage.
  • Pour changer les choses, il est urgent améliorer l’image de cette voie de formation.
  • Une révision des règles, des aides et du pilotage de l’apprentissage semble aussi s’imposer.

Emmanuel Macron réussira-t-il mieux que François Hollande et Nicolas Sarkozy concernant l’apprentissage ? Les précédents gouvernements se sont fixé des objectifs quantitatifs concernant le nombre d’apprentis à atteindre, en vain. « Aujourd’hui, il y a seulement 7 % des jeunes en apprentissage, c’est très bas en comparaison d’autres pays, alors que 70 % d’apprentis trouvent un CDI à la sortie », a ainsi reconnu la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, dans la Dépêche du midi. D’où la volonté du gouvernement de réformer l’apprentissage. Emmanuel Macron a d’ailleurs prévu de rencontrer les responsables patronaux et syndicaux jeudi et vendredi pour évoquer ce sujet en vue d’ un projet de loi qui sera élaboré au début de l’année 2018. De son côté, 20 Minutes a recensé les suggestions des spécialistes du sujet afin que la France devienne l’eldorado des apprentis.

Promouvoir davantage l’apprentissage auprès des jeunes

Récemment, le PDG de Veolia, ardent défenseur de la formation par apprentissage, a déclaré sur France Inter, que ses enfants n’avaient pas suivi de formation par cette voie parce qu’ils étaient « brillants à l’école ». Une bourde révélatrice de clichés qui courent encore trop souvent sur les formations en alternance. « Actuellement le grand public perçoit encore trop souvent l’apprentissage comme une voie réservée aux élèves en difficulté scolaire. Il faut mieux informer les élèves sur le fait qu’elle est aussi une voie d’excellence et qu’elle n’est pas accessible que pour suivre des formations d’un niveau inférieur au bac », insiste Patrick Maigret, président de la Fédération nationale des associations régionales des directeurs de centres de formation d’apprentis ( Fnadir). « Il est impératif de développer ces formations dans le supérieur pour changer la perception de l’apprentissage par le grand public et pour permettre aux apprentis de poursuivre leurs études s’ils le souhaitent », renchérit Jean-Michel Pottier, vice président de la CPME chargé des affaires sociales. Améliorer l’adéquation des formations en apprentissage aux besoins des entreprises La semaine dernière, en visite dans un CFA d’Egletons (Corrèze) avec Emmanuel Macron, la ministre du Travail a fait part de son souhait que les branches professionnelles soient plus impliquées dans la « construction des diplômes ou des certifications ». Un avis partagé par Bertrand Martinot économiste, spécialiste de l’emploi à l’Institut Montaigne : « il faudrait que les formations en apprentissage évoluent plus souvent et plus rapidement en fonction des évolutions technologiques. Car actuellement, on assiste à une obsolescence rapide des diplômes. Pour cela, il faudrait impliquer davantage les branches professionnelles dans le processus d’élaboration et de rénovation des référentiels de diplômes », estime-t-il. Il suggère aussi de « diminuer les heures d’enseignement général dans certaines formations en apprentissage au profit des cours liés à l’approche d’un métier ».

Repenser les aides aux entreprises qui recrutent des apprentis « Actuellement, il existe au moins cinq aides différentes aux employeurs. Personne n’y comprend rien. Il faudrait simplifier le système en regroupant ces aides », estime Bertrand Martinot. « Les entreprises ont aussi besoin que ces aides soient plus stables pour bénéficier d’une meilleure visibilité à long terme. Car les effets de yoyos sont dévastateurs », ajoute Jean-Michel Pottier. Par ailleurs, plusieurs voix estiment qu’il faudrait encore inciter les grands groupes à recruter davantage d’apprentis : « Il existe déjà un quota d’apprentis à respecter pour les entreprises de plus de 250 salariés, mais il faudrait renforcer les pénalités pour les grands groupes ne jouant pas le jeu et récompenser davantage les entreprises qui recrutent beaucoup de jeunes en alternance », estime Bertrand Martinot. Comme l’a laissé entendre la ministre du Travail dans une interview à Europe 1, le gouvernement pourrait aussi décider de moduler les aides aux entreprises en fonction des formations, en favorisant celles qui ont le niveau le plus bas: «Le chômage touche ceux qui n’ont aucun diplôme. Ce sont eux qui forment les cohortes des jeunes sans emplois. Or c’est ce public qui déserte de plus en plus les filières d’apprentissage, l’argent n’est pas ciblé sur eux», a déclaré Muriel Pénicaud. 

Mieux préparer les jeunes à la formation en alternance

Environ 20 % des contrats d’apprentissage sont rompus actuellement. La faute souvent au manque d’adéquation entre le profil du jeune et les attentes de l’entreprise. « Pour éviter cet écueil, il faudrait mettre en place des formations de préapprentissage permettant aux jeunes d’obtenir des prérequis afin qu’ils puissent démarrer ensuite leur contrat dans des bonnes conditions », suggère Patrick Maigret. « Cette voie de préparation à l’apprentissage serait notamment très profitable aux jeunes qui avaient précédemment décroché scolairement », indique Bertrand Martinot.

Valoriser le rôle des tuteurs en entreprise Leur mission est décisive car ce sont eux qui guident les apprentis dans l’entreprise et supervisent leur travail. « Or, trop peu de maîtres d’apprentissage reçoivent une formation pour apprendre à encadrer ces jeunes », observe Patrick Maigret, qui suggère de développer ces formations. « On pourrait aussi imaginer que les maîtres d’apprentissage touchent aussi un supplément de rémunération ou puissent bénéficier de trimestres de retraite validés, grâce aux missions qu’ils occupent », complète Bertrand Martinot. Améliorer la rémunération des apprentis Aujourd’hui, leur rémunération dépend de leur âge. « Il semblerait plus juste qu’elle repose sur d’autres critères comme l’expérience du jeune ou son niveau de qualification », estime Patrick Maigret. Un moyen d’inciter aussi davantage de diplômés du supérieur de suivre une formation par cette voie.

Assouplir certaines règles du droit du travail « Plusieurs obligations en matière de sécurité du travail, de temps de travail et de modalités de rupture de contrat, limitent l’activité des apprentis et dissuadent les employeurs de les embaucher », explique Jean-Michel Pottier. « Il faut plus de souplesse et faire en sorte que le contrat d’apprentissage comprenne les mêmes obligations qu’un contrat de travail classique », poursuit-il.  Donner un rôle accru aux régions pour piloter l’apprentissage Actuellement, les formations professionnelles classiques dans les lycées professionnels sont pilotées d’un côté par la voie scolaire, qui relève de l’Education nationale et, de l’autre, par la voie professionnelle (centres de formation d’apprentis, CFA), qui relève des conseils régionaux. Or, selon Bertrand Martinot, le système serait plus efficace si les conseils régionaux pilotaient toutes les formations professionnelles, en apprentissage ou pas. « Les régions pourraient ainsi décider d’ouvrir ou de fermer des classes en fonction de leur taux de remplissage et des besoins de recrutement des entreprises ». Une idée qui ferait pourtant grincer beaucoup de dents…