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Apprentissage : fondre les lycées pros dans filière apprentissage

par webmaster le 09-05-2018

Apprentissage : «il fallait fondre les lycées pros dans la filière apprentissage»

  • Par  Fondation Ifrap
  • Publié le 09/05/2018 à 06:00

           

LE MACRONOMÈTRE - Le «Macronomètre», l'outil d'évaluation de l'iFRAP, attribue à la réforme de l'apprentissage une note de 4/10. Chaque semaine, le Think-tank libéral publie sur Le Figaro.fr une évaluation d'une des mesures du président de la République.

La France forme 421.000 apprentis par an (chiffre 2016) quand l'Allemagne en forme 1,3 million. L'objectif du gouvernement avec cette loi est d'augmenter le nombre d'apprentis en France et de rendre plus incitatif un système aujourd'hui illisible en le simplifiant.

Les mesures marquantes du projet sont les suivantes: suppression du passage obligatoire et préalable devant les prud'hommes pour rompre le contrat d'apprentissage après 45 jours, augmentation du temps de travail maximum à 40 heures par semaine, assouplissement des conditions pour travail nocturne en boulangerie et pâtisserie, augmentation de la rémunération des apprentis de 16 à 20 ans de 30 euros net par mois, ouverture de l'apprentissage jusqu'à 30 ans (26 ans aujourd'hui) aide de 6 000 euros sur 2 ans pour les entreprises de moins de 250 salariés.

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Au niveau des centres de formations des apprentis, les changements sont aussi nombreux avec notamment la mise en place d'un nouveau mode de financement pour les CFA qui seront abondés par contrat (un peu sur le mode du forfait éducation) et ouverture des données sur le taux d'insertion des jeunes apprentis dans l'emploi, la qualité des formations (taux d'insertion, taux de validation) avec publication progressive de ces données pour tous les CFA et les lycées professionnels.

Coté financement, le gouvernement frappe un grand coup avec la suppression des organismes collecteurs de la taxe d'apprentissage (OCTA). Ce sont maintenant les Urssaf qui collecteront une contribution unique pour le financement de la formation professionnelle et de l'apprentissage.

Un nouvel établissement public, quadripartite et chargé de la régulation de la formation professionnelle continue et de l'apprentissage est créé: France compétence. Cet établissement assurera les missions de péréquation financière des fonds issus de la nouvelle contribution unique.

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Les bons points à souligner:

-La simplification et la flexibilisation du contrat d'apprentissage pour les employeurs avec un recours plus réduit aux prud'hommes.

-Plus de facilité pour ouvrir des formations en CFA, sans passer par l'Education nationale.

-L'unification des aides que les entreprises peuvent percevoir: aujourd'hui, avant d'engager un apprenti, l'entreprise ne peut pas estimer les aides, exonérations qu'elle peut percevoir à cause de la complexité du système

-La suppression des OCTA.

-La mise en place d'un nouveau mode de financement par contrat des CFA (centre de formation d'apprentis) - que pourtant l'Etat n'a jamais voulu mettre en place pour les établissements scolaires.

-La volonté affichée de créer des espaces de rencontres entres les élèves et les entreprises…

Trois points noirs qui freineront l'efficacité de la réforme:

1. Le temps de travail annuel des apprentis n'est pas augmenté ce qui fait que l'apprenti français a toujours un coût à l'heure proche du Smic.

2. La taxe d'apprentissage qui coute 3 milliards aux entreprises aurait pu être supprimée en même temps que les 2,9 milliards d'aides et exonérations financées par l'Etat et les régions.

3. Dernier angle mort, le projet refuse de toucher aux prérogatives de l'Éducation nationale en matière d'apprentissage. C'est pourtant le principal frein au développement de l'apprentissage. Si les élèves apprentis et les élèves des lycées professionnels passaient tous par la filière apprentissage, la France compterait presque autant d'apprentis que l'Allemagne, plus de 1 million (421 000 apprentis et 660 000 lycéens).

Aujourd'hui, en réalité et malgré tous les discours publics qui se succèdent sur le sujet, l'Éducation nationale préfère orienter les élèves vers les lycées professionnels plutôt que vers l'apprentissage. Il semblerait que passe avant tout le maintien du réseau des lycées professionnels et de ses enseignants. De 2000 à 2016, le nombre d'élèves en lycées professionnels a baissé de 40 000 élèves alors que le nombre d'enseignants dans les lycées pros est passé de 63 000 à 70 000. Cherchez l'erreur. Concrètement, dans les territoires, on se retrouve comme à Poitiers avec 8 CFA dont un géré par l'Education nationale et, en face, dans la même ville, 7 lycées professionnels. Dispersion des moyens et illisibilité pour les parents d'élèves et les élèves eux-mêmes.

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Aujourd'hui, seulement 5 % des jeunes sortant du collège partent vers l'apprentissage contre 22 % en bac pro et 11 % en CAP. Et ce alors même que le taux d'insertion des bacs pro et des CAP dans l'emploi n'est que de 35 % 7 mois après l'obtention du diplôme contre 77% pour l'apprentissage. Pour passer à 1 million d'apprentis et former au plus près des entreprises, le big bang qui demande que l'Education nationale admette que l'on transforme les lycées pros en CFA est encore à venir. La filière professionnalisante sera attractive quand elle aura prouvé son excellence, cela passe, comme à Egletons (l'École d'Application aux métiers des Travaux Publics (EATP) est gérée directement par la fédération des travaux publics), par un lien très fort avec les entreprises

Le Macronomètre, observatoire des réformes du gouvernement, est un site de la Fondation iFRAP en partenariat avec Le Figaro.fr. Il s'agit d'un outil dédié à l'évaluation du quinquennat d'Emmanuel Macron: évaluation économétrique par rapport à son programme électoral et aux annonces de son gouvernement. Avec Le Macronomètre, l'action du gouvernement est notée sur 10 chaque mercredi avant le conseil des ministres et devient lisible d'un seul coup d'œil. Le Macronomètre permet à chacun de se faire un avis sur la tenue ou non des promesses du président de la République et sur l'efficacité des réformes du gouvernement.

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